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Hommage FSGT : Jo (Georges) Dauchy... a rendu le foot autoarbitré !

Jo (Georges) Dauchy fut tout au long de sa vie un militant dévoué du sport populaire auquel il a contribué à léguer un de ses plus beaux trésors : le foot autoarbitré à 7. Car Jo - disparu, à 88 ans, le 13 octobre dernier - était de ceux et celles qui ont rendu le football au peuple. Et tout avait commencé du côté d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) durant mai 68, au milieu des usines occupées… # Par Nicolas Kssis

> article paru dans Sport et plein air novembre 2021.

 

IMAGE : Jo Dauchy est issu d’une famille du Nord venue s’installer à Aubervilliers en 1955. Il a alors 22 ans. Son père est communiste. Lui-même n’est pas adhérent. Il travaille comme magasinier pour la commune avant de devenir entraîneur de basket pour les scolaires, toujours employé par la ville. Syndiqué à la CGT et secrétaire général du Club municipal d’Aubervilliers, il va au lendemain de mai 68 faire le lien avec ses deux engagements en ouvrant le club notamment «au monde du travail et plus particulièrement des usines», témoignera-t-il plus tard, via des critériums inter-entreprises, tel que le relaiera également La Vie ouvrière, le journal du syndicat, du 4 juin 1969 (Jo est à gauche).

 

Jo a dû sourire quelques jours avant de nous quitter, un triste 13 octobre, quand l’ancien président de l’UEFA (Union européenne des associations de football), Michel Platini, en appella à l’Unesco pour sauver l'âme du football et «faire en sorte que ça reste un jeu, et que ce jeu soit au-dessus de tout ce qu’il se passe» (1). Car, voici plus de cinquante ans, Georges Dauchy, alias Jo, avait déjà trouvé la réponse en partant du foot d’en bas, le plus populaire possible, aux plus près des travailleurs et des joueurs.


Dans son hommage officiel, la Direction fédérale collégiale de la FSGT résume son rôle aussi déterminant que méconnu : «alors qu’il était secrétaire général du Club municipal d'Aubervilliers (93), affilié à la FSGT, et en plein mouvement de grève dans les usines de mai 68, il propose d'organiser en coordination avec la CGT des rencontres de foot entre des équipes de grévistes. Face au succès et une fois le travail repris, l'idée continue de faire son chemin. La demande est telle que Jo propose de diviser le terrain, de simplifier les règles et surtout d'inventer l'autoarbitrage. Le football autoarbitré à 7 que l'on connaît aujourd'hui vient de ce mouvement, et conjointement de celui enclenché par Marcel Chabrol en Ardèche la même saison.» Plus sobrement Mickaël Correia, dans son ouvrage de référence, Une histoire populaire du football, lui rend hommage, entre les munitionnettes (2) anglaises, avant-garde du foot féminin pendant la Première guerre mondiale, et Socrates, l’international brésilien qui défia la dictature brésilienne dans les années 70. Il rappelle sobrement la force de conviction de ce partisan d’un foot populaire pensé comme «un luxe», celui de ne pas copier «le sport de l’élite».
 

Quel plus bel hommage pour Jo que d’avoir vu de son vivant le foot autoarbitré à 7 enchanter des dizaines de milliers
 de joueurs

 

Jo est donc rentré dans l’histoire, celle du sport populaire, en mai 68. Non pas en occupant les locaux de la FFF ou la Sorbonne, mais au cœur des occupations d’usines de la banlieue parisienne et de la grève générale qui paralyse le pays. On connaît le rôle qu’avait joué ce type de mouvement en 1936 dans l’essor originel de la FSGT. Jo a l’idée cette fois d’organiser des matchs de foot pour saper l’ennui des camarades qui tiennent les piquets du côté de SGF, Corblin, la Carboxyque française, Griset, La Poste… «S’il y avait toujours un ou deux sportifs par équipe, tous les autres n’avaient jamais pratiqué de sport. C’était une époque où si tu n’étais pas champion, tu ne jouais pas», se souviendra-t-il ensuite pour Sport et plein air spécial 50 ans de mai 68 (à lire également dans Du sport rouge au sport populaire, coédition La ville brûle-FSGT). Une fois l’été passé, la routine reprend ses droits, le désir reste néanmoins toujours le même. Jo le sent et l’idée vient de pousser l’avantage. Un critérium de foot à 11 est décidé en juin 1969. Sauf que le succès dépasse les espérances.

Or, Jo a des principes, et notamment un axiome : tout le monde joue, le banc touche est anti-social. Il se fait la réflexion suivante : «Les enfants jouent depuis toujours au foot dans une cour, partout où cela est possible, avec leurs règles spécifiques. Au fond, les matchs que nous organisions étaient copiés sur ce qui se faisait au plus haut niveau.» Le terrain sera coupé en deux, 7 contre 7, pas d’arbitre. Le début d’une nouvelle ère, sans le savoir. Tout s’enchaînera, les tournois, les autres villes puis comités qui rejoignent l’aventure. La société change, les usines ferment, toutefois le foot autoarbitré à 7 lui rassemblent toujours plus large : équipes de quartiers, de copains, de militants. Loin de l’utopie du journal Miroir du football (3), dans le concret des terrains du périph ou de la Loire, ou de l’autogestionnaire Stade Lamballais, ce foot à 7 s’implante, se développe, rameute ses troupes et lève son étendard. Quel plus bel hommage pour Jo que d’avoir vu de son vivant le foot autoarbitré à 7 enchanter des dizaines de milliers de joueurs chaque saison et s’exporter jusqu’au Japon. Et, désormais, les femmes s’en emparent comme lors d’un récent tournoi parisien (Sport et plein air, octobre 2021, p.4). L’héritage de Jo est pour toujours bien vivant dans leur pieds... #

(1) Michel Platini a dit travailler sur l'inscription du football au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l’Unesco, dimanche 5 septembre, sur France Inter

(2) Lors de la Première guerre mondiale, dans tous les pays belligérants, les femmes deviennent un soutien indispensable à l’effort de guerre dans l’industrie de l’armement, remplaçant les hommes partis au combat. Elles sont surnommées les munitionnettes car elles fabriquent souvent des armes, des munitions et de l'équipement militaire. Source : Wikipédia.

(3) Pour en savoir plus sur l’histoire de ce magazine (1960-1976) consacré au football offensif consulter le site miroirdufootball.com.

 

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